Nous sommes en 2018, et cette année, nous fêterons les 10 ans du Marvel Cinematic Universe. Bien qu’il ne soit pas le seul à aborder le genre des films de super-héros, forcé de constater qu’il cristallise le genre dans l’esprit des spectateurs que nous sommes.

Mais au fait, pourquoi avons-nous autant de films de super-héros au cinéma ? Non parce qu’avec une moyenne de 5 films de super-héros par an ces 3 dernières années, on est en droit de se poser la question… Pour cette première chronique de cinéma, je me suis penché sur les super-héros, sur ce qu’ils racontent et ce qu’ils symbolisent aujourd’hui dans notre société actuelle.

Aux origines des super-héros !

Quand on remonte aux origines des super-héros au cinéma, on est obligé de parler de leur médium d’origine : les comic books. Pour faire simple, les comic books sont des bandes-dessinées popularisées au début des années 1930. Jusqu’alors confidentiels, c’est en 1933 que les comic books commencent à intéresser le grand public avec le personnage de Superman, suivi de près par Batman en 1939.

Des super-héros patriotiques…

Si les aventures de ces super-héros sont plébiscitées par le jeune public, c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que les maisons d’édition et le gouvernement américain vont commencer à s’y intéresser. En effet, le conflit commençant à s’étendre à l’échelle mondiale, on voit alors apparaîtrent dans les kiosques les aventures de super-héros patriotiques, dont le plus célèbre d’entre eux : Captain America. Dès sa première aventure, Steve Rodgers s’en va cogner du Nazi, tandis que de son côté, Superman porte Hitler et Staline face aux tribunaux.

batman films de super héros

Aux super-héros du nucléaire…

À la fin de la guerre, tous ces super-héros propagandistes disparaissent, on peut donc faire un saut dans le temps de 20 ans jusqu’aux années 1960. À l’époque, nous sommes en pleine Guerre froide, et l’Union soviétique menace les États-Unis aux portes de la Floride avec la crise des missiles de Cuba. Les Américains vivent dans l’angoisse de la guerre atomique et comme la Seconde Guerre mondiale a vu naître les super-héros propagandistes, les années 1960 voit naître les super-héros du nucléraire. Parmi les plus célèbres, on peut citer les X-Men, Spider-Man, Hulk ou les 4 Fantastiques. Créés par Stan Lee pour la maison d’édition Marvel, ils sont aussi un miroir de la société américaine et de ses névroses. Si Hulk est né du pouvoir de l’atome, les X-Men eux sont une allégorie du rejet des noirs aux États-Unis.

Vous commencez à comprendre la mécanique : l’apparition des super-héros dans notre paysage culturel entre toujours en réaction avec des évènements historiques. Mais dans ce cas, pourquoi voyons-nous autant de films de super-héros sortir en salle aujourd’hui ?

L’impact du 11 septembre 2001 sur les films de super-héros

Si nous devions citer un film comme point de départ de cette vague de films de super-héros modernes, ce serait X-Men de Brian Singer. Sorti en 2000, c’est lui qui a su le premier réunir un public amateur de super-héros, mais aussi un autre public moins familier du genre. Brian Singer s’est approprié les personnages et l’intrigue globale du comic-book pour y glisser un sous-texte critique et politique sur la société de l’époque. Soit l’essence même du genre du comic-book !

Dès lors, les studios concurrents disent « banco » et mettent en chantier leurs propres films. Parmi eux un monument du genre : Spider-Man par Sam Raimi. Le film est tourné en 2001 pour une sortie à l’été 2002. Il entre en postproduction quand tout à coup surviennent les attentas du 11 septembre 2001 !

attentats du 11 septembre 2001

Des films miroirs de notre société

En salle, les films de super-héros prennent alors une toute autre saveur. Là où l’on riait face aux cascades loufoques des films Batman de Tim Burton et de Joël Schumacher, les films de Christopher Nolan, sortis entre 2005 et 2012, présentent un Chevalier Noir en proie au doute, à la culpabilité, dans une ville gangrenée où les méchants ne sont plus des monstres mais des terroristes.

De son côté Tony Stark alias Iron Man ne se fait plus enlever par des rebelles communistes au Vietnam, comme dans le comic-book d’origine, mais par une organisation terroriste en Afghanistan.

tony stark afghanistan

Vous l’aurez compris, cette vague de films de super-héros à laquelle nous assistons depuis maintenant 17 ans est en grande partie due à la géopolitique du monde actuel. Un monde où les frontières du bien et du mal sont plus que jamais floues et où nos propres héros finissent par se battre entre-eux car ils n’ont pas la même vision de ce qui est juste.

Si nous pourrions vite accuser les studios Disney ou Warner de capitaliser sur une recette qui marche, n’oublions pas que derrière ces films travaillent des scénaristes et des réalisateurs. Peut-être voient-ils en ces films un moyen d’explorer des thématiques sociales ou politiques ; le tout dans une oeuvre destinée à un large publique. Peut-être que ces films ne sont pas les divertissements décérébrés et vides de sens qu’ils peuvent paraître de prime abord…

Quoi qu’il en soit, cette mode des films de super-héros ne semble pas prête de s’éteindre. Et au vu de l’état du monde actuel, forcé de constater que nous donnons toujours plus de grain à moudre à nos super-héros.