Critique de la Forme de l’eau : un câlin cinématographique !
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Rares sont les films à me laisser un sentiment d’épanouissement ou de bonheur en sortie de salle. Non pas que je sois un rabat-joie indifférent aux efforts des cinéastes pour susciter l’émotion chez leurs spectateurs, mais en tant que cinéphile, l’émotion peut prendre plusieurs degrés et être plus ou moins ressentie. Je sors tout juste d’une séance de La Forme de l’eau, et autant vous dire que le dernier film de Guillermo Del Toro fait partie de cette catégorie. Je vous en parle !

Guillermo Del Toro : un réalisateur schizophrène

Pour comprendre mon ressenti vis-à-vis de La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro, il convient de revenir à mes expériences de spectateur avec le cinéaste mexicain. En effet, cela fait plusieurs années que je suis le travail de Del Toro. Le premier film que j’ai vu du bonhomme fut Hellboy, en 2004. Je devais avoir entre 9 et 10 ans et la simple séquence d’ouverture, avec la division paranormale de nazis, et la mise en abîme du comics Hellboy au sein de la diégèse du film, m’avait alors conquis. Un tour de force aux yeux de l’enfant que j’étais, et qui n’était alors qu’en attente d’un film d’action stéroïdé avec Mr. Ron Perlman. Au fil des années, j’ai suivi les œuvres de Del Toro, la suite d’Hellboy, Les Légions d’Or Maudites, et bien sûr, le cultissime Pacific Rim ! Je n’avais alors que très peu conscience de la schizophrénie du réalisateur. En effet, l’œuvre de Del Toro peut être découpée en 2 phases : d’un côté nous avons les films d’action fantastique, au rang desquels figurent Hellboy, Pacific Rim ou Blade 2, et de l’autre, nous avons des films fantastiques plus intimistes, dans la veine de ce que peut produire un réalisateur tel que Juan Antonia Bayona, avec Le labyrinthe de Pan et La Forme de l’eau.

La Forme de l'eau - The Shape of Water

La Forme de l’eau : un conte intimiste

Venons-en au film La Forme de l’eau. En rentrant dans la salle, j’étais dans un état d’esprit que je qualifierai personnellement de « fausse attente ». Je m’explique. J’étais en attente, car entre ses 13 nominations aux Oscars et les retours dithyrambiques de la presse et des spectateurs, le film ne pouvait qu’être bon, cinématographiquement parlant. Cependant, mon visionnage de Pacific Rim, dernier film que j’avais vu du réalisateur, m’avait laissé quelque peu de côté… Or, dès le générique d’ouverture, la première séquence de présentation du personnage de Elisa, les premières notes du thème d’Alexandre Desplat, je me suis retrouvé happé, comme plongé (le terme est plus qu’approprié) dans l’histoire que Del Toro me racontait. L’introduction de la créature, qui n’est pas sans rappeler Abe Sapiens de Hellboy, ou la créature du Lac Noir pour les plus connaisseurs, est absolument parfaite, à la fois dérangeante et fascinante, on comprend tout de suite l’intérêt que lui porte Elisa. Même la bizarrerie de leur relation, jusqu’à la scène charnelle du film, n’a pas réussi à me sortir du film dont le postulat de départ, une histoire d’amour entre une femme et un amphibien, a tout pour rebuter le spectateur lambda. Un tour de force de mise en scène et de narration donc, par celui que l’on peut désormais considérer comme le maître du genre des films de monstre : Guillermo Del Toro.

La Forme de l'eau - The Shape of Water

Un film social et engagé !

En parlant de monstres, on peut très bien jouer l’analogie, et considérer que chaque personnage mis en scène dans le film est un monstre : Elisa par son handicap, son voisin par sa sexualité, sa collègue par sa couleur de peau, le scientifique par sa nature d’agent-double, jusqu’au personnage de militaire acariâtre campé par Michael Shannon, que l’on croirait tout droit sortie d’une pub pour Corn Flakes avec sa femme blonde, ses deux mioches, sa télévision cathodique et sa Cadillac. Un cliché de la réussite made in America, qui souffre d’avoir tout, et de ne se contenter de rien. En cela, La Forme de l’eau est une vraie caricature sociale, comme pouvez l’être Edward aux Mains d’Argents en son temps. Il en profite d’ailleurs pour évoquer les problèmes de ségrégations et la solitude engendrée par le communautarisme aux Etats-Unis. Des thèmes évidents à aborder pour le réalisateur, qui n’a jamais caché son aversion pour certains aspects de la société américaine.

Vous l’aurez compris, je recommande grandement La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro. C’est à mes yeux un film immanquable de ce début d’année 2018 ! Bien que partant d’un postulat étrange, il nous plonge dans son histoire et ses personnages avec une facilité déconcertante. Nous rappelant ainsi combien une bonne histoire, couplée à une mise en scène de qualité et un jeu d’acteur de qualité sont à la base de tout chef-d’œuvre cinématographique !