Steven Spielberg est l’un des plus grands réalisateurs de tous les temps. Non content d’avoir révolutionné le mode de production des films hollywoodiens à l’aube des années 1970, il a par la suite popularisé l’usage des effets spéciaux au cinéma avant de se réinventer comme auteur de grandes fresques historiques. Mais alors qui est Steven Spielberg ? Quels sont les secrets derrière ses films ? Et que cache cette dualité entre l’entertainer à succès et l’auteur de fresques historiques ? Retour sur la carrière d’un des plus grands cinéastes contemporains, de ses influences, jusqu’à sa réception auprès des critiques et du public.

Steven Spielberg : le plus grand entertainer d’Hollywood !

Steven Spielberg est né à Cincinnati dans l’Ohio en 1946. Élevé au sein d’une famille juive et entouré de trois sœurs, le jeune Spielberg s’intéresse très tôt au cinéma, au point d’en délaisser ses études. Ses résultats médiocres l’empêcheront d’intégrer de prestigieuses écoles de cinéma, l’obligeant à suivre des cours dans une université d’état.

À l’âge de 13 ans, il réalise son premier court métrage The Last Gunfight, un western entièrement tourné avec la caméra de son père. Il réalisera par la suite de nombreux courts métrages dont le célèbre Amblin qui lui ouvre les portes du studio Universal.

Les studios Universal - Films de Steven Spielberg

Chez Universal, Steven Spielberg commence par officier en tant qu’assistant de plateau. Mais très vite, il se fait un nom auprès des équipes techniques qui décèlent en lui un talent pour la mise en scène. Il réalise son premier téléfilm en 1971, Duel, un thriller mettant en scène un conducteur pris en chasse par un camionneur.

Contre toute attente, le film rencontre un immense succès dans les festivals et Spielberg se voit attribuer un nouveau projet : Sugarland Express. Cette comédie dramatique rencontrera elle aussi un succès dans les festivals, remportant notamment le prix du scénario au Festival de Cannes 1974.

Après ces deux succès critiques, Spielberg cherche à lancer un projet à destination du grand public. Ces amis Francis Ford Coppola et Brian De Palma réalisent de grands blockbusters avec Le Parrain et Phantom of the Paradise, mais Spielberg cherche encore un script original susceptible de séduire la critique et le public. C’est ainsi qu’il découvre Les Dents de la Mer (Jaws), dont l’adaptation est en projet chez Universal. Le destin de Spielberg est lancé : il deviendra le plus grand entertainer d’Hollywood !

Steven Spielberg et le Nouvel Hollywood

Les films de Steven Spielberg : des blockbusters aux films d’auteur

Avec Les Dents de la Mer, Spielberg réalise le plus grand succès du box-office mondial. Sorti en 1975, le thriller est encore aujourd’hui considéré comme le premier blockbuster de l’Histoire d’Hollywood. Cette paternité devrait revenir au Parrain de Coppola sorti en 1972, mais la suite de la carrière de Spielberg n’a fait que confirmer la légende entourant Les Dents de la Mer et son réalisateur.

Tournage Les Dents de la Mer - Films de Steven Spielberg

Spielberg enchaînera les succès durant les 20 années suivantes avec des sagas mythiques telles qu’Indiana Jones, mais aussi divers films de fantastiques tels que Rencontre du troisième type, E.T. ou Always.

Les années 1990 marqueront un tournant dans la carrière de Spielberg avec la mise en chantier de plusieurs projets plus personnels. Le premier d’entre eux, Hook, relecture du mythe de Peter Pan et du Capitaine Crochet permet à Spielberg de s’interroger sur son œuvre, son héritage et sur l’enfant qui sommeille en lui. Le film se fera en partie démonter par la critique, ce qui affectera grandement Spielberg qui tombera au plus bas dans sa vie personnelle.

Hook - Films de Steven Spielberg

Cette période charnière permit ainsi à Spielberg d’explorer ses racines judaïques. Lui qui n’avait jamais fait état de ses convictions religieuses se met en tête de réaliser une fresque historique sur l’holocauste : La Liste de Schindler. Si Universal donne carte blanche à Spielberg pour réaliser son film d’auteur, le studio l’oblige contractuellement à réaliser son blockbuster le plus culte : Jurassic Park.

La Liste de Schindler- Films de Steven Spielberg

Et c’est là toute la dualité de la carrière de Spielberg : le réalisateur alterne sans cesse entre films grands publics et films d’auteur plus personnels.

Les spectateurs ont ainsi pu découvrir en salle des films très rapprochés tels que :

  • Jurassic Park et La Liste de Schindler en 1993
  • Le Monde Perdu et Amistad en 1997
  • Minority Report et Arrête-moi si tu peux en 2002
  • La Guerre des Mondes et Munich en 2005
  • Tintin et le Secret de la Licorne et Cheval de Guerre en 2011
  • Ready Player One et Pentagon Papers en 2018

Des succès publics, mais un désamour de la critique !

Cette dualité a longtemps empêché les critiques d’élever Steven Spielberg au rang d’auteur de cinéma. Pour beaucoup d’entre eux, le fait que Spielberg alterne entre films d’auteur et films grands publics l’empêche de développer une cohérence filmique à l’opposé de réalisateurs tels que Martin Scorsese ou Christopher Nolan. Or, cette posture relève d’un snobisme éhonté et quiconque se penche sur la filmographie de Spielberg comprend rapidement quelles sont les obsessions du réalisateur. Pour ma part, j’en dégage trois majeures :

  • La maltraitance de la figure paternelle ;
  • L’obsession pour l’imaginaire enfantin ;
  • Et la mise en abîme du métier de réalisateur.

La figure paternelle dans les films de Steven Spielberg

Le gimmick le plus évident des films de Steven Spielberg se cache dans les figures paternelles. Souvent maltraités, voire décrits comme antagonistes, les pères des films de Steven Spielberg reflètent l’image que le réalisateur a de son propre paternel. En effet, Steven Spielberg n’a jamais caché avoir beaucoup souffert du divorce de ses parents. Ayant longtemps coupé les ponts avec celui-ci, il s’est efforcé de décrire des pères douteux tout au long de sa filmographie.

Du père distant des Dents de la Mer au père absent de Rencontre du Troisième Type, en passant par la figure paternelle d’Indiana Jones frappant l’enfant Demi-Lune dans Le Temple maudit et le père français indigne confiant sa fille aux GI’s dans Il faut sauver le soldat Ryan, la figure paternelle est très souvent malmenée dans sa filmographie.

Jurassic Park - Films de Steven Spielberg

Le rêve enfantin au cœur des films de Steven Spielberg

Autre gimmick des films de Spielberg, le réalisateur met souvent en scène des univers oniriques, entre rêves et réalité. C’est ainsi que Spielberg a réalisé le formidable E.T. l’extra-terrestre, l’un des plus beaux films sur l’enfance et la nécessité de grandir.

Spielberg s’est également attaqué à l’enfance dans Hook avec le portrait d’un Peter Pan adulte fuyant ses rêves d’enfants, là encore décrit comme un père absent.

Enfin, comment ne pas parler de ses dernières réalisations : qu’il s’agisse de Cheval de Guerre, Tintin et le Secret de la Licorne ou encore le Bon Gros Géant. Spielberg assume désormais pleinement sa nature de conteur pour petits et grands.

Tintin et le Secret de la Licorne - Films de Steven Spielberg

Les films de Steven Spielberg comme mise en abîme de son travail

Ces 30 dernières années ont laissé place à un discours plus méta sur la filmographie de Steven Spielberg. En effet, depuis Jurassic Park en 1993, les films de Steven Spielberg prennent parfois des allures de récits autobiographiques.

C’est ainsi que l’on peut voir, dans Jurassic Parkl’histoire de Steven Spielberg lui-même, créateur d’un film aux effets visuels révolutionnaires devant faire face aux conséquences de sa création.

Ce discours se retrouve également dans Ready Player One avec une réflexion externe au roman où Spielberg s’interroge sur l’héritage qu’il laissera après lui. Le réalisateur s’inscrit autant dans le personnage du héros désireux de s’évader dans l’OASIS que dans celui du mentor, créateur de toutes ces références.

John Hammond Jurassic Park - Films de Steven Spielberg

L’héritage de Stanley Kubrick dans les films de Steven Spielberg

Enfin, comment parler des films de Steven Spielberg sans évoquer l’influence de Stanley Kubrick ?

En effet, le réalisateur mythique a eu une grande influence sur la carrière de Spielberg. Sur le plan personnel, Spielberg n’a jamais caché son ambition d’égaler le maître Kubrick. Adulé par l’industrie hollywoodienne, Kubrick réussissait à transmettre ses visions d’auteur de cinéma dans des films au succès public.

Cependant, Spielberg et Kubrick sont deux auteurs de cinéma très différents :

  • Stanley Kubrick réalise des films parfaits sur le plan technique, mais émotionnellement froids,
  • Alors que Spielberg arrive à véhiculer une émotion dans ses films.

L’opposition Stanley Kubrick / Steven Spielberg n’a cependant pas lieu d’être tant les réalisateurs savaient s’inspirer mutuellement l’un de l’autre. Kubrick avouera d’ailleurs que Spielberg est un bien meilleur conteur d’histoire et qu’il est le seul à savoir véhiculer autant d’émotions au travers de ses personnages.

Stanley Kubrick et les films de Steven Spielberg

Cette admiration mutuelle réunira les réalisateurs à la production de A.I. Intelligence artificielle, un film incompris de la carrière de Steven Spielberg, mais qui traduit parfaitement l’héritage de Stanley Kubrick dans sa filmographie.

Au final, comment définir les films de Steven Spielberg ? Pour ma part, je pense que les films de Steven Spielberg sont une parfaite photographie du cinéma de divertissement de ses 50 dernières années. Dotés d’une narration riche, d’une réalisation impeccable et de personnages emblématiques, les films de Steven Spielberg sont une parfaite entrée dans la cinéphilie. Découvrir les films de Steven Spielberg, c’est découvrir une époque de cinéma, mais aussi la vie d’un réalisateur, ses obsessions et ses influences.