Christopher Nolan est un réalisateur important dans le monde de la cinéphilie. Il n’y a qu’à jeter œil aux commentaires des posts Konbini qui parle du bonhomme pour comprendre que tout le monde a un avis sur les films de Christopher Nolan, chacun ayant sa propre interprétation des films, ainsi que des motivations des personnages. Il faut dire que ce qui fait le sel des films de Nolan, c’est bien la liberté d’interprétation qu’ils laissent derrière eux. Rares sont les réalisateurs, de nos jours, à laisser autant de pistes ouvertes en fin de métrage, à laisser une place aussi importante à l’interprétation du spectateur. À côté de ces fanatiques, on trouve aussi des détracteurs qui trouvent que le réalisateur a un style trop didactique, que ses scénarios sont inutilement alambiqués, voire incompréhensibles pour le commun des mortels. Je voulais donc revenir avec vous sur les codes qui régissent le cinéma de Christopher Nolan et ce qui différencie ses films des autres qui sortent en salle. Vous êtes prêts ? Je vous dis tout !

Christopher Nolan : narrateur ou metteur en scène ?

L’une des particularités du réalisateur Christopher Nolan, c’est qu’il est l’un des rares à être autant derrière la caméra que derrière le scénario de ses films. En effet, Christopher Nolan est un véritable touche-à-tout et il n’hésite pas à s’associer à son frère, Jonathan Nolan, pour écrire les scripts de ses propres films. Et ces scripts peuvent être qualifiés en un mot : labyrinthiques.

Que ce soit dans sa réalisation ou ses personnages, tout dans les films de Christopher Nolan flirte toujours avec le mystère voire l’incompréhensible. Le réalisateur n’hésite pas à user d’effets spéciaux alambiqués pour traduire la complexité du monde qu’il dépeint, dans Inception et Interstellar par exemple, et le scénariste se plaît à perdre le spectateur dans des histoires tarabiscotées, dans Memento et Dunkerque par exemple, ainsi qu’avec des personnages torturés, dans la trilogie The Dark Knight en particulier.

Christopher Nolan est donc un cinéaste complet, un artiste de la trempe d’un Stanley Kubrick ou d’un Orson Welles… Bref, un type de réalisateur rare dans l’industrie cinématographique actuelle.

Mieux encore, le logo de sa société de production, Syncopy Films, est lui-même en forme de labyrinthe. Une véritable obsession assumée par le réalisateur-producteur !

Un réalisateur passionné de mises en scène techniques !

Si les films de Christopher Nolan marquent tant les spectateurs, nul doute que c’est à cause de leur réalisation. Au même titre qu’un James Cameron ou un David Fincher, Nolan est un véritable ingénieur-pionnier en effets spéciaux numériques. Si ses premiers films jouaient plutôt la carte du réalisme, avec une photographie particulièrement saluée due au talentueux Wally Pfister, le réalisateur s’est emparé dès son célèbre Inception des techniques d’effets spéciaux numériques pour créer des visuels jusqu’alors jamais vus au cinéma. Le réalisateur se retrouvait alors face à une problématique de taille : comment illustré le monde des rêves, leurs incohérences et la terreur qu’ils peuvent dégager ? Face à ces problématiques a priori insurmontables, Nolan a su miser sur les effets spéciaux numériques pour mettre en image parmi les plus beaux effets visuels de ces 20 dernières années. Je garderai personnellement en mémoire cette séquence incroyable où Paris se replie sur elle-même dans le film Inception.

Christopher Nolan réitérera l’exploit dans son odyssée spatiale Interstellar, où le réalisateur avait la lourde tâche d’illustrer ce à quoi pourraient ressembler d’autres planètes. Là encore, on se souviendra longtemps de cette planète couverte d’eau, ballotté d’immenses vagues déferlantes semblables à de véritables montagnes ; mais aussi de cet autre monde où les nuages, congelés à même le ciel, dessinent des reliefs jusqu’alors jamais vus dans un film.

Pour filmer ses mondes imaginaires, Nolan n’hésite pas à exporter ses tournages à travers le monde. Les films de Christopher Nolan ne sont d’ailleurs pas connus pour se cantonner aux grands espaces américains ou citadins, le réalisateur aime ainsi enfermer ses intrigues dans des paysages désertiques que ce soit en Alaska pour Insomnia, en Inde pour The Dark Knight Rises ou encore au glacier de Vatnajökull, faisant de Batman Begins et d’Interstellar, deux de ses films tournés en Islande.

Le scénario, colonne vertébrale des films de Christopher Nolan !

Mais si les films de Christopher Nolan arrivent à troubler les spectateurs et à avoir autant d’impact sur eux à long terme, c’est aussi et surtout grâce à leur histoire et aux personnages. En effet, pour Christopher Nolan, c’est l’histoire et les émotions qu’elle dégage qui comptent avant tout dans un film. Ainsi, pour la sortie de Dunkerque, le réalisateur se confiait aux journalistes de Première en déclarant : « La description graphique n’avait pas beaucoup d’intérêt. J’ai préféré faire un film sensoriel, un film quasiment expérimental. » Le réalisateur laissait ici ses ambitions techniques au placard pour laisser place à une expérience narrative unique, jamais vu au cinéma.

Un cinéma de personnages

Le cinéma de Christopher Nolan, ce sont avant tout des personnages. Le scénariste-réalisateur sait pertinemment que ses personnages servent de point d’accroche dans ses intrigues complexes et alambiquées. Nolan s’attache d’ailleurs plus souvent à nous donner une vision micro des mondes qu’il présente plutôt qu’une vision macro, en s’attachant notamment aux personnages plutôt qu’au monde dans lequel ils évoluent. C’est ainsi que, dans Interstellar, Nolan préfère s’attarder sur la relation père-fille qui unit les personnages de Matthew McConaughey et Mackenzie Foy plutôt que sur l’état géopolitique du monde où les récoltes semblent tomber les unes après les autres et où la famine guette. Ce contexte n’est qu’à peine esquissé à travers les dialogues des personnages et c’est là qu’on touche à une autre caractéristique des films de Christopher Nolan : l’omniprésence de dialogue.

Un cinéma de dialogues

C’est une critique assez récurrente du cinéma de Nolan et plus particulièrement de l’écriture des deux frères : leurs films sont pétris de dialogues. Certains critiques n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier les films de Christopher Nolan de bavards et cela semble être une critique qui touche beaucoup le scénariste-réalisateur. En effet, je ne peux m’empêcher de voir en Dunkerque une réponse aux détracteurs de Christopher Nolan sur cette question des dialogues. Jamais Nolan n’aura sorti de films aussi peu bavards. C’est d’ailleurs l’une des critiques que je pourrais adresser à Dunkerque puisque le film ne prend même pas la peine d’exposer les enjeux du conflit et de la bataille, tout devant être deviné par le spectateur au fil du film. Pour couronner le tout, Dunkerque se paye le luxe d’une narration discontinue, autre particularité propre aux films de Christopher Nolan !

Un cinéma labyrinthique

En effet, les films de Nolan ne sont pas connus pour leur accessibilité scénaristique. Cela en ferait presque un cinéma d’élite si le réalisateur ne s’attachait pas à saupoudrer ses films d’une couche mainstream. Vous voulez voir un film sur la genèse du Chevalier Noir ? Christopher Nolan vous offre un récit décousu entre flash-back et flash-forward. Vous cherchez un film retraçant, minute par minute, la bataille de Dunkerque ? Christopher Nolan vous offre un film découpé en trois intrigues se déroulant sur trois lignes de temps parallèles. Vous cherchez un polar sur un homme cherchant le meurtrier de sa femme ? Christopher Nolan vous offre une enquête en chronologie inversée.

Tous les films de Christopher Nolan jouent d’ailleurs sur ce complexe mélange entre intrigue grand public et scénario alambiqué. On peut prendre l’exemple d’Inception avec ses rêves dans les rêves, Memento avec son déroulé inversé ou encore Interstellar avec sa fin cryptique.

Au final, comment définir le cinéma de Christopher Nolan ? Je pense, pour ma part, que les films de Christopher Nolan n’appartiennent qu’à lui. Comme Kubrick avant lui ou Steven Spielberg, Christopher Nolan a réussi à créer un genre de film à part entière. Des mix parfaits entre des films de genre remarquablement bien écrits et des exercices de style en matière de réalisation et de narration. C’est d’ailleurs cette universalité du récit et cette complexité de narration qui explique l’engouement autour de chacun de ses films. Quel sera le prochain film de Christopher Nolan ? Personne ne le sait. Toujours est-il qu’il est certain que ce film sera un événement et que le scénariste-réalisateur n’est pas près de se faire oublier !