Hier soir, j’ai eu l’occasion de découvrir sur grand écran la dernière comédie populaire de Franck Dubosc : Tout le monde debout. Non pas que je sois un grand fan du personnage, j’ai toujours été intrigué par l’homme qui, derrière son habit de clown, semble cacher une personne touchante et vraie. Sous l’impulsion de ma moitié, j’ai donc cédé à l’appel du grand Steven Spielberg et de son Ready Player One pour privilégier une comédie populaire dont les retours dithyrambiques commençaient à m’intriguer. Verdict à la fin de cet article !

Tout le monde debout : une intrigue classique, un twist génial !

Tout le monde debout raconte l’histoire de Jocelyn, un cadre supérieur travaillant pour une marque de chaussure et dont la principale particularité est d’être un immense mythomane, doublé d’un sacré Don Juan. Plus que l’amour, ce que recherche Jocelyn, ce sont les coups d’un soir, les histoires sans lendemain, saupoudrées de mensonges, car comme il le dit si bien, il aime jouer des personnages. Seulement, à la suite d’un immense quiproquo, où Jocelyn se fait passer pour paraplégique, il croise la route de Florence (interprétée par Alexandra Lamy) une véritable paraplégique dont il tombe amoureux. Comment avouer à la femme qu’il aime qu’il n’est pas handicapé, mais un menteur éhonté ? C’est la question à laquelle doit répondre le personnage de Franck Dubosc !

Vous l’aurez compris, au vu de ce pitch, le film semble être plus taillé pour un téléfilm TF1 que pour le grand écran, cependant là où le film surprend et dans le bon sens du terme, c’est lorsque le rapport de force entre les personnages s’inverse. En effet, pendant tout le film, nous suivons les tribulations de Franck Dubosc, aux prises avec son mensonge et qui cherche par tous les moyens de se dépêtrer de sa situation sans faire du mal au personnage d’Alexandra Lamy. Ses amis, interprétés par l’excellent Gérard Darmon et la non moins excellente Elsa Zylberstein, ne cessent de lui répéter « Ce n’est pas bien ce que tu fais ! », donnant l’impression que Jocelyn à l’ascendant sur Florence, faisant du personnage d’Alexandra Lamy une victime de cette machination.

Or, au 2/3 du film, ce rapport de force se retourne lors d’un twist scénaristique : Florence sait depuis le début que Jocelyn n’est pas paraplégique, elle aime juste prendre du bon temps avec lui parce que selon ses dires, il la regarde comme une femme, pas comme une handicapée ». On se retrouve alors dans une situation de l’arroseur-arrosé, très formelle scénaristiquement parlant, mais qui fait énormément de bien à un film traitant d’une problématique sociétale : le handicap.

Le spectateur pris à son propre jeu !

Si ce twist, en apparence convenu, fonctionne aussi bien, c’est aussi en grande partie grâce au rapport de force que le film tient avec ses spectateurs. En effet, mon petit doigt m’a dit lorsque Franck Dubosc entreprend la réalisation et l’écriture de ce film, il n’est pas dupe : il sait qu’une majorité du public va voir ses films avec certaines attentes, notamment celle de voir son classique personnage de charmeur-connard, un personnage qu’on peut retrouver dans Camping, Disco ou encore Bienvenue à Bord. Des films à la structure scénaristique cousue de fil blanc et qui sont calibrés pour devenir instantanément des comédies populaires. De fait, lors du visionnage de Tout le monde debout, le spectateur s’attend à cela, un personnage connard sur les bords qui tente de séduire une jolie demoiselle un peu naïve, elle se rend compte que c’est un connard, moment drama et BIM elle se rend compte qu’il est quand même drôle et gentil et ils finissent ensemble. Le spectateur est donc surpris et, lui qui, passez-moi l’expression, pouvait prendre le film pour un con, se retrouve ici clouer à son siège tant le scénario prend d’un coup une profondeur jusqu’ici insoupçonnée.

Dans Tout le monde debout, on apprend que le personnage d’Alexandra Lamy a le dessus sur celui de Franck Dubosc depuis le début et que c’est elle qui le mène en bateau depuis le début. Lui qui se trouve égoïste, misogyne, et mythomane, qui n’arrive pas à se regarder dans une glace tant il se déteste, se retrouve ici empêtré dans son plus gros mensonge, sous l’œil amusé d’Alexandra Lamy.

Tout le monde debout : le meilleur rôle de Franck Dubosc ?

Passée la surprise de cette séance plus qu’agréable, j’en viens à me poser la question : n’a-t-on pas vu Franck Dubosc dans son meilleur rôle ? A mon avis, la réponse est oui ! Tout le monde debout est un film très personnel pour l’ami Dubosc, lui qui a toujours joué ce qu’on lui donnait, lui qui a toujours donné l’image du séducteur-looser en plus de 20 ans de carrière vient enfin de trouver un rôle à sa convenance, un rôle qu’il s’est lui-même écrit, un film qu’il a lui-même réalisé, un geste d’artiste comme pour dire : regardez ce que je peux faire ! Je peux faire rire, je peux émouvoir, je ne suis pas le séducteur-looser auquel vous pensez, je suis aussi un artiste de talent, un grand comédien et je mérite mieux que ce qu’on me donne ! Une sorte de cri de ralliement qui ne peut que me parler, moi qui aime les artistes autant que leurs œuvres. Un appel que je rapprocherai de celui de Jim Carrey, qui dans le fabuleux documentaire Jim & Andy semblait dire qu’il se sentait enfermé depuis des années dans des rôles type de clown à la The Mask ou Bruce Tout Puissant, quand le véritable Jim Carey aspirait à des rôles plus dramatiques à la Truman Show ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind. De là à dire que Franck Dubosc est le Jim Carrey français ? Il n’y a qu’un pas !