2018 aura été pour moi une année charnière dans ma cinéphilie. Jamais je n’avais visionné autant de films français auparavant et mes préjugés sur la production hexagonale se sont naturellement envolés. En effet, parmi les films français que j’aurais vus cette année, peu d’entre eux étaient des comédies populaires. J’ai ainsi pu voir un film catastrophe avec Dans la brume, un western avec Les Frères Sisters, un drame initiatique avec Première Année et même un faux documentaire avec Guy. Décidément 2018 fut une année surprenante pour le cinéma français et le public semble enfin se désintéresser des comédies populaires et graveleuses telles Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? ou Bienvenue chez les Ch’tis. Même Dany Boon et sa Ch’tite famille ont eu du mal à convaincre en février dernier, c’est dire ! Non à la place de tout cela, je voulais vous présenter ma critique du Grand Bain, le dernier film de Gilles Lellouche, une comédie dépressive à la Full Monty qui si elle convainc par son récit et ses personnages, arrive également à bousculer les codes de la comédie populaire. Je vous en parle !

Le Grand Bain, de quoi ça parle ?

Pour sa dernière réalisation, Gilles Lellouche nous a concocté une petite merveille de drôlerie et de poésie. Exit les beaufs insupportables de son dernier métrage Les Infidèles. Le Grand Bain met en scène huit quadras quinquas dépressifs, traînant chacun des fardeaux. Pour échapper à leur quotidien morose, ils décident ensemble de plonger à corps perdu dans la natation synchronisée. Aidée par deux coachs, l’une alcoolique et l’autre paraplégique, cette équipe improbable tente de réaliser l’impossible : remporter les championnats du monde de natation synchronisée masculine.

Avec un pitch pareil, Gilles Lellouche tient certainement la comédie la plus originale de ces 5 dernières années. À vrai dire, depuis Intouchables, nous n’avions vu que très peu de comédies-concepts dans ce style. Le scénario est à la fois réaliste et improbable, les personnages sont absurdes, mais criants de vérité et le déroulé de l’intrigue n’est pas sans rappeler les grands films sportifs tels que Rocky ou Karaté Kid.Critique Le Grand Bain

Le Grand Bain : un film porté par son casting et ses personnages !

Très tôt avant la sortie du film et après en avoir lu quelques synopsis, je me suis posé cette question : comment vendre un tel film au public ? Comment faire croire à ses personnages improbables et à leur décision de rejoindre une équipe de natation synchronisée ? La réponse était simple : le casting.

Gilles Lellouche et sa bande, Jean Dujardin et Guillaume Canet en tête, ont cette particularité nique dans le cinéma français : ils savent s’entourer. C’est bien simple, dans les Infidèles, tous les acteurs en vogue à l’époque étaient présents à l’écran. Géraldine Nakache, Manu Payet, Sandrine Kiberlain, tous voulaient apparaître dans le film ; même Isabelle Nanty qui faisait son come-back avec Les Tuches !

Le Grand Bain ne déroge pas à cette règle puisque dans les rôles principaux nous retrouvons Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, Leïla Bekhti et Marina Foïs. Mais également Jean-Hugues Anglade et Philippe Katerine dans deux rôles de grands enfants tous les deux très touchants.

Chacun des membres du casting porte un rôle à la mesure de leur talent. Mathieu Amalric sert de pilier à l’intrigue puisque c’est par lui que nous entrons dans cette histoire de quinquagénaire dépressifs épris de natation synchronisée. Benoit Poelvoorde nous réserve quant à lui quelques scènes typiques du cinéma de De Funès : irrésistibles de drôlerie, de mauvaise foi et de poésie. Côté féminin, Virginie Efira est très touchante en coach abîmée par la vie et Leila Bekhti est hilarante en tortionnaire injurieuse. Mais ce sont surtout les personnages de Marina Foïs et Philippe Katerine qui m’ont marqué par leur poésie. Marina Foïs tient ainsi le rôle d’un personnage aimant et compréhensif là où n’importe quel autre film en aurait fait une peau de vache. Et Philippe Katerine campe un personnage d’homme-enfant, toujours prêt à rendre service, la bonne poire de la bande dont certains abusent, mais qui peut compter sur ces amis pour le défendre.

Critique Le Grand Bain

Le Grand Bain est un film bienveillant avec la marginalité

J’ai longtemps cherché un adjectif pour définir le film, et il aura fallu que je tombe sur une interview télévisée de Marina Foïs pour y arriver. Le Grand Bain est un film bienveillant.

Dans cette interview donnée à Yann Barthès dans son émission Quotidien, Marina Foïs déclare avant la sortie du film que Le Grand Bain est un “film qui fait du bien”. Derrière cette expression désuète, elle défend que plutôt que de rires des personnages, le film donne ici aux spectateurs l’occasion de rire avec les personnages. Une chose rare dans le cinéma populaire français actuel. C’est une nuance de taille et qui dépeint à merveille l’esprit de camaraderie et de bienveillance qui a dû être au cœur du processus créatif. Chacun des personnages a ainsi le droit à sa scène, et cette famille dysfonctionnelle que l’on a sous les yeux prend parfois des airs de château de cartes. On prend peur pour chacun des membres, tout en sachant que la chute d’un seul d’entre eux entraînerait la chute de toute l’équipe.

Critique Le Grand Bain

Un film qui oscille entre comédie et drame social !

L’autre particularité qui explique la réception positive du film, c’est qu’il s’avère assez unique dans son approche de la comédie. En effet, Le Grand Bain peut tout aussi bien se voir comme une comédie que comme un drame social. Une peinture assez déprimante de personnages perdus dans une société qui ne veut plus d’eux. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un monologue de Mathieu Amalric dissertant sur le fait que des ronds ne peuvent pas rentrer dans des carrés et inversement. Une métaphore bienvenue qui rappelle les personnages du film, trop marginaux pour rentrer dans les cadres que la société leur impose.

C’est d’ailleurs ce rythme oscillant entre drame et comédie qui risque de troubler certains spectateurs. Ainsi, dans la salle où j’ai pu voir le film, certaines personnes riaient aux éclats sur des scènes assez tristes avec du recul. Philippe Katerine se faisant remplacer par des ordinateurs, Mathieu Amalric qui se confie sur sa dépression, autant de scènes assez dramatiques, mais que certains spectateurs ont du mal à accueillir avec toute la nuance qu’elles impliquent.

Pour conclure cette critique du Grand bain, je ne peux que vous recommander le visionnage du film. C’est un film rare avec des personnages très attachants et un pitch assez absurde pour satisfaire un large public. En revanche, je déconseille ce film aux gens qui nourriraient de grosses attentes de comédie ou qui s’attendraient à voir un film très populaire. Le Grand Bain n’est pas une comédie c’est bien plus que ça. Certains qualifieraient le film de comédie déprimante, moi je le qualifierai de comédie dépressive. Un feel good movie unique que je revisionnerai sans déplaisir !