Les Frères Sisters fait partie de ces films qui vous attrapent en quelques minutes et ne vous lâchent plus pendant deux heures ! Dès la première scène, Les Frères Sisters pose une tension dingue, définis ses personnages et le spectateur n’attend plus qu’une chose : voir ses personnages évoluer dans cet univers fascinant de crasse et de violence. Jacques Audiard nous offre donc un film magique, un film majeur dans sa filmographie, un film qui m’a permis de me rendre compte d’une chose : j’aime profondément le genre du western ! Je vous en parle dans cette critique des Frères Sisters !

Les Frères Sisters : de quoi ça parle ?

Comment faire une critique des Frères Sisters sans parler de son histoire et de ses personnages fascinants ? Les Frères Sisters raconte l’odyssée de deux frangins, Charlie et Eli Sisters, tueurs à gage de métier, chargés par un mystérieux Commodore de traquer et torturer un chimiste créateur d’une formule chimique capable de révolutionner la Ruée vers l’Or ! Charlie, le petit frère est un vrai danger public, sanguinaire et alcoolique, chaque instant passé avec lui peut virer au massacre. Eli, son grand frère est bien plus doux, s’il fait preuve d’autant de violence, c’est presque plus par amour pour son frère que par réelle envie de faire le mal. Ils traquent ensemble un chimiste, Kermit Warm à la fois inventeur de génie, mais également grand idéaliste, profondément convaincu de l’intérêt de la liberté et de la démocratie, une valeur bafouée dans l’Ouest américain à cette époque. Enfin, derniers personnages du film, nous suivons les tribulations de John Morris, un mystérieux détective / aventurier chargé de renseigner les Frères Sisters sur les agissements du chimiste afin de guider les chasseurs vers leur proie…

Si le film prend, de par son synopsis, des allures de chasse à l’homme dans le Grand Ouest américain, Jacques Audiard semble accorder une plus grande importance à l’aspect drame familial qui se déroule sous nos yeux. Le spectateur peut ainsi s’identifier à Eli Sisters, Kermit Warm et John Morris, trois personnages lumineux qui évoluent dans un monde sombre, crasseux et violent, à l’image de Charlie Sisters, personnage exécrable à la mentalité d’un gamin de 12 ans !

Les Frères Sisters : un film sur l’amour fraternel !

En tant que cinéphile, on ne peut qu’être admiratif de la force émotionnelle dégagée par les Frères Sisters. Quiconque ayant un minimum de cœur ne peut qu’être touché par cette histoire d’amour fraternel entre Charlie et Eli, deux frères perdus physiquement et émotionnellement dans des paysages désertiques aussi mornes et hostiles que leur environnement social.

Durant le film, on attache presque plus d’importance au parcours des personnages qu’à leur quête elle-même. Cette chasse à l’homme est un fil rouge, mais ce qui compte vraiment, ce sont les rapports de force qu’entretiennent Charlie et Eli. De même, on s’intéresse grandement aux pensées et aux visions de Morris et Warm, le détective et le chimiste. Si Morris se voit comme un aventurier romantique en début de film, il va découvrir la violence du monde qui l’entoure au contact des Frères Sisters, véritables agents du chaos ; une découverte qui le changera à jamais…

Un pur western dans le fond comme dans la forme !

L’une des autres forces des Frères Sisters, c’est d’être un pur western, dans la tradition des Sergio Leone. Loin des western méta auxquels nous avons pu assister ces dernières années, Les Frères Sisters se voit avant tout comme un film d’aventure, une odyssée dans le Grand Ouest américain.

Pour ce qui est de la forme, Audiard a eu la bonne idée de tourner son film dans les grands espaces du sud de l’Espagne. Une région désertique qui avait déjà inspiré Sergio Leone à l’époque de sa trilogie du Dollar et d’Il était une fois dans l’Ouest. Les décors d’intérieur ont, eux, été tournés en studio, en Roumanie pour être exact. Cela n’enlève rien à l’ambiance âpre et crasseuse du film, et l’on retrouve avec joie les décors typiques du genre western à base de ranch et de saloon.

Pour rester dans le pur style du western, Audiard fait des Frères Sisters de véritables figures du genre western. On retrouve autour d’eux des chasseurs de primes, des cow-boys violents, des tenanciers de saloon, des mères maquerelles et des filles de joie.

Comme à son habitude, Jacques Audiard ne nous épargne pas avec des scènes d’une rare violence. Si j’étais surpris de voir le film « tous public » à mon arrivée au cinéma, j’ai été encore plus surpris de la violence dépeinte dans le film. J’avais été déjà marqué par la scène d’égorgement dans Un Prophète, précédent film du réalisateur, mais ici les scènes de massacre des Frères Sisters font preuve d’une violence graphique assez dure, et je n’ai pas pu m’empêcher de cacher mes yeux lors d’une scène d’amputation très, très dure…

En conclusion, je ne peux que vous recommander Les Frères Sisters. C’est un film absolument immanquable en cette rentrée 2018. Jacques Audiard fait le portrait touchant de deux frères que tout oppose, mais qui s’unissent dans la violence, pour le meilleur, comme pour le pire. C’est un film magnifique dans lequel on retrouve un quatuor d’acteurs somptueux. Joaquin Phoenix est comme d’habitude habité par son personnage de Charlie Sisters ; Jake Gyllenhaal retrouve le chapeau de cow-boy 13 ans après Le Secret de Brokeback Moutain, et Dieu qu’il le porte bien ; Riz Ahmed est très touchant en chimiste idéaliste, perdu dans ce monde sauvage ; mais c’est surtout John C. Reilly qui se démarque dans ce film en Eli Sisters, c’est par lui que le spectateur entre dans l’histoire, et c’est notre point d’accroche dans cette déferlante de violence que sont Les Frères Sisters ! Un immanquable de l’année 2018 !