Critique de La Mule : testament du légendaire Clint Eastwood !
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Après quelques errements cinématographiques, Clint Eastwood signe son grand retour en tant que réalisateur avec La Mule. Onze ans après l’excellent Gran Torino, Eastwood reprend son rôle de vieux réactionnaire, mais nous offre par la même occasion le portrait d’un homme en quête de rédemption. Son personnage de Earl Jones, très éloigné de ses rôles unidimensionnels, n’a jamais paru autant coller à la peau d’Eastwood. Tant et si bien que le film prend par moment des airs de film testamentaire. Les adieux d’un acteur, d’un réalisateur, mais surtout ceux d’une légende du cinéma.

La Mule : de quoi ça parle ?

La Mule est un drame dans lequel nous suivons les tribulations de Earl Jones, nonagénaire révérend de la guerre de Corée, jouant le rôle de Mule pour le compte d’un cartel mexicain. Sa mission : transporter dans son pick-up des centaines de kilos de drogue de la frontière mexicaine jusqu’à Chicago. Si les premiers go-fast de Jones lui rapportent suffisamment pour vivre et faire plaisir à ses proches, ses talents de chauffeurs insoupçonnables attirent l’attention de la DEA, autorité chargée d’endiguer les trafics de drogue aux États-Unis.

Critique de la Mule

Un film oscillant entre tension et force tranquille !

La Mule est un film inclassable dans le cinéma actuel. Si la bande-annonce du film promettait un thriller d’action avec go-fast et courses poursuites, le film, lui, préfère prendre son temps et dresse le portrait d’un nonagénaire à la force tranquille. La Mule narre également l’enquête de la DEA à travers le personnage de Bates et Trevino, deux agents interprétés par Bradley Cooper et Michael Peña, dont les scènes d’enquête, d’interrogatoire et de course-poursuite accélèrent la narration.

On peut cependant reprocher au film de traîner en longueur tant il n’arrive jamais réellement à trouver son rythme. Les scènes d’enquêtes vont certes vite, mais ne semblent n’avoir qu’une fonction narrative, là où les scènes où nous suivons Earl Jones se posent et prennent le temps de poser les dilemmes du personnage.

Critique de la Mule

Un autoportrait de la part de Clint Eastwood ?

Difficile de ne pas voir en Earl Jones, une parabole de l’acteur-réalisateur Clint Eastwood. En effet, Earl Jones est à la fois adoré de son cartel et détesté de sa famille, au même titre qu’Eastwood est adulé par le monde du cinéma et inapte à construire une vraie vie de famille. Cependant, le film n’est pas un Mea Culpa adressé à ses enfants ou ses ex-femmes, mais plutôt un hommage. Son personnage de Earl Jones est d’ailleurs montré comme présent auprès de sa famille, mais aussi rejeté à cause de son égoïsme passé. Son personnage déclare même à un moment du film « Ça vaut ce que ça vaut, mais je suis désolé pour tout ce que j’ai fait », une réplique lourde de sens, d’autant que sa propre fille Alison Eastwood joue le rôle de sa fille dans La Mule.

La Mule est très clairement un film personnel pour Eastwood qui signe ici ses adieux au monde du cinéma. Si nous espérons revoir le grand Clint derrière la caméra, La Mule restera certainement son dernier film en tant qu’acteur. Et c’est en cela que je vous encourage à aller le voir. C’est un film divertissant, drôle, touchant et furieusement personnel pour l’une des plus grandes légendes du cinéma américain.