Jusqu’alors cantonné aux comédies potaches, Peter Farrelly débarque en 2019 avec une comédie dramatique mettant en scène Viggo Mortensen et Mahershala Ali dans les rôles respectifs de Tony Lip et Don Shirley. Ce road-movie au cœur de l’Amérique ségrégationniste dresse un portrait tout en finesse d’une Amérique des années 1960 où le racisme institutionnel est ancré dans l’esprit des gens. Un pamphlet oscillant entre drame et comédie, unique dans le paysage cinématographique actuel.

Green Book : une histoire incroyable, mais vraie !

Pour son premier film réalisé en solo, Peter Farrelly travaille avec Nick Vellelonga, fils de Tony Vallelonga, Italo-Américain connu de son vivant comme gérant de l’hôtel Copacabana à New York.

Son fils scénarise l’histoire vraie de son père au début des années 1960, obligé d’enchainer les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’il est sollicité par la mafia pour réaliser des petits larcins, Tony Lip part sur les routes du Sud des États-Unis en tant que chauffeur du Dr Don Shirley, pianiste de jazz émérite.

Durant ce road trip, ces deux individus qu’en apparence tout oppose vont apprendre à se connaître et à faire face au racisme institutionnel de rigueur dans les États de Sud à cette époque.

Un pamphlet antiraciste oscillant entre drame et comédie !

L’une des principales forces de Green book, c’est d’avoir su capter toute la perversité du racisme aux États-Unis. Farrelly exprime à travers sa mise en scène l’absurdité des doctrines racistes dans un pays constitué à 80% d’individus issus de l’immigration.

Si en début de film, Tony Lip et Don Shirley expriment chacun une vision étriquée de l’un comme de l’autre, à force de dialogue et de bienveillance, la barrière raciale se brise pour laisser place à une amitié.

Cela peut paraître niais au possible, mais Farrelly confronte ses personnages à des situations violentes tout au fil du récit. De la simple attaque verbale, au passage à tabac, en passant par la violence des institutions, tout est montré pour exprimer l’omniprésence du racisme dans la société américaine.

Contrairement au BlackKklansman de Spike Lee, qui faisait du racisme l’apanage des membres du Ku Klux Klan, Green Book explique que le racisme est ancré chez tout le monde. Qu’il s’agisse d’un gérant d’hôtel qui refuse de loger un Noir ou de bourgeois blancs qui refusent de diner dans la même salle qu’un Noir, tous expriment un racisme de principe, basé sur une éducation viciée et ancrée dans la société.

Critique de Green Book

Viggo Mortensen livre sa plus belle performance !

Le film trouve toute sa drôlerie à travers le personnage de Tony Lip et la performance habitée de Viggo Mortensen campant à merveille ce personnage d’Italo-Américain un peu simplet.

Que ce soit par ses dialogues ou ses mimiques, Mortensen livre un jeu d’une intelligence rare, oscillant entre scènes de One man show déluré (mention spéciale à la scène de dégustation de poulet frit en voiture) et scènes plus graves où le personnage essaye de composer avec le racisme dont son ami et patron est victime.

Le personnage de Viggo Mortensen exprime par ailleurs toute l’ambiguïté du racisme aux États-Unis, puisqu’il nous est tout d’abord présenté comme raciste en début de film, avant de prendre la défense de Mahershala Ali lorsque celui-ci est rejeté pour sa différence.

Critique de Green Book

Un film calibré pour les Oscars !

Green Book est un film calibré pour les Oscars et c’est peut-être là son seul défaut. Que ce soit par son scénario efficace, ses dialogues tirés au cordeau, l’interprétation magistrale de ses acteurs et son message antiraciste, tout laisse à penser que le film a été produit pour rafler les Oscars en 2019.

Malgré tout, nous aurions tort de bouder notre plaisir tant le film dépeint avec maestria le climat social d’une Amérique qui, aujourd’hui encore, panse les plaies d’un racisme institutionnel. Le film n’a peut-être pas l’aura d’un Twelve Years a Slave, mais il a au moins le mérite de nous faire rire avec ses personnages drôles et mélancoliques.

4.6
28