Révélé par le Péril Jeune et connu à l’international pour sa trilogie de l’Auberge espagnole, Cédric Klapish est l’un des réalisateurs les plus influents du cinéma français. Excellent dialoguiste, il arrive à mettre en scène l’absurdité du quotidien tout en parlant au cœur des spectateurs. Après un crochet par la télévision avec la série Dix pour cent, Klapish revient au cinéma avec Deux Moi, une comédie dramatique percutante mettant en scène une certaine idée de la jeunesse française partagée entre ses rêves et sa profonde solitude. 

Deux Moi : de quoi ça parle ?

Deux Moi met en scène le destin de Rémy et Mélanie, deux trentenaires interprétés par François Civil et Ana Girardot. Si chacun semble vivre une vie opposée l’un de l’autre, ils se retrouvent toutefois à travers leur solitude.

En effet, alors que la première partie du film s’attache à nous décrire leur quotidien, tout semble être rattaché à un sentiment global de morosité et de profonde tristesse. Tous deux sont suivis par des psychothérapeutes, campés par François Berléand et Camille Cottin, qui tentent, tant bien que mal, de les aider à sortir la tête de l’eau.

C’est bien sûr sans compter l’enjeu des réseaux sociaux dans leur vie, à la fois moteur de socialisation, mais aussi objet de leur solitude.

L’énième portrait d’une jeunesse sacrifiée ?

Si le pitch de départ de Deux Moi ne semble pas faire preuve d’originalité, on doit toutefois attribuer le bénéfice du doute à Cédric Klapish. En effet, en 25 ans de carrière, il est l’un des seuls réalisateurs français à avoir su capter le pouls de la jeunesse… celle des années 1990 autant que celle des années 2000. On pouvait toutefois craindre une énième redite sur le thème de la jeunesse sacrifiée, mais ce n’est surprenamment pas le cas.

En effet, bien loin de la condescendance que l’on pouvait craindre de la part d’un film sur la jeunesse des années 2010, Klapish pose un regard plein de tendresse sur ses personnages de trentenaires désabusés. Il prend d’ailleurs le temps d’installer leurs dilemmes autant que leur environnement. Jamais le spectateur ne s’ennuie ou se perd dans les méandres psychologiques de ses personnages.

Le temps d’écran est lui aussi excellemment partagé puisque contre toute attente, Klapish ne verse pas dans une histoire d’amour facile. Durant toute l’histoire les personnages se croisent, se tournent autour, se manquent de peu, créant par la-même une attente chez le spectateur : celui de voir ses deux âmes sœurs se rencontrer pour soigner leurs maux mutuels. En découle une batterie de seconds rôles attachants tels que l’épicier Simon Abkarian, ou la collègue de bureau Eye Haïdara (déjà vue dans le Sens de la fête de Toledano et Nakache).

Au sujet de l’acting, François Civil s’inscrit désormais comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Pierre Niney, mais aussi Joséphine Japy, Adèle Exarchopoulos et Ana Girardot.

Quelques fulgurances de réalisation !

Porté par l’écriture de ses personnages et le talent de ses acteurs, le film s’offre le luxe d’un twist en troisième acte. Assez rare en cinéma français, et encore plus dans ce genre de la comédie dramatique, ce procédé narratif parfaitement maîtrisé permet de révéler la raison du mal-être d’un des personnages principaux. En traitant d’un sujet grave et difficile, Klapish laisse la porte ouverte aux interprétations les plus intenses de ses acteurs. 

Le réalisateur s’offre également quelques scènes hallucinées permettant quelques fulgurances de réalisation. Au détour de scènes de rêves plutôt comiques, Cédric Klapish fait preuve d’un talent comique hérité de l’imagerie cartoon et théâtrale. Un régal pour les yeux, ainsi que pour les acteurs qui s’en donnent à cœur joie dans ces petites séquences propres au cabotinage.

En définitif, je recommande sincèrement ce nouvel opus de la filmographie de Cédric Klapish. Plus sérieux, plus touchant et profondément humain, cette chronique sur la jeunesse des années 2010 est aussi réussie qu’émouvante. Comme à l’accoutumé, les acteurs du film sont au diapason et sont servis par des dialogues mordant. A voir !