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Mois : janvier 2019

La Mule : testament de la légende Clint Eastwood

Après quelques errements cinématographiques, Clint Eastwood signe son grand retour en tant que réalisateur avec La Mule. Onze ans après l’excellent Gran Torino, Eastwood reprend son rôle de vieux réactionnaire,…

Après quelques errements cinématographiques, Clint Eastwood signe son grand retour en tant que réalisateur avec La Mule. Onze ans après l’excellent Gran Torino, Eastwood reprend son rôle de vieux réactionnaire, mais nous offre par la même occasion le portrait d’un homme en quête de rédemption. Son personnage de Earl Jones, très éloigné de ses rôles unidimensionnels, n’a jamais paru autant coller à la peau d’Eastwood. Tant et si bien que le film prend par moment des airs de film testamentaire. Les adieux d’un acteur, d’un réalisateur, mais surtout ceux d’une légende du cinéma.

La Mule : de quoi ça parle ? 

La Mule est un drame dans lequel nous suivons les tribulations de Earl Jones, nonagénaire révérend de la guerre de Corée, jouant le rôle de Mule pour le compte d’un cartel mexicain. Sa mission : transporter dans son pick-up des centaines de kilos de drogue de la frontière mexicaine jusqu’à Chicago. Si les premiers go-fast de Jones lui rapportent suffisamment pour vivre et faire plaisir à ses proches, ses talents de chauffeurs insoupçonnables attirent l’attention de la DEA, autorité chargée d’endiguer les trafics de drogue aux États-Unis.

Un film oscillant entre tension et force tranquille !

La Mule est un film inclassable dans le cinéma actuel. Si la bande-annonce du film promettait un thriller d’action avec go-fast et courses poursuites, le film, lui, préfère prendre son temps et dresse le portrait d’un nonagénaire à la force tranquille. La Mule narre également l’enquête de la DEA à travers le personnage de Bates et Trevino, deux agents interprétés par Bradley Cooper et Michael Peña, dont les scènes d’enquête, d’interrogatoire et de course-poursuite accélèrent la narration.

On peut cependant reprocher au film de traîner en longueur tant il n’arrive jamais réellement à trouver son rythme. Les scènes d’enquêtes vont certes vite, mais ne semblent n’avoir qu’une fonction narrative, là où les scènes où nous suivons Earl Jones se posent et prennent le temps de poser les dilemmes du personnage.

Un autoportrait de la part de Clint Eastwood ?

Difficile de ne pas voir en Earl Jones, une parabole de l’acteur-réalisateur Clint Eastwood. En effet, Earl Jones est à la fois adoré de son cartel et détesté de sa famille, au même titre qu’Eastwood est adulé par le monde du cinéma et inapte à construire une vraie vie de famille. Cependant, le film n’est pas un Mea Culpa adressé à ses enfants ou ses ex-femmes, mais plutôt un hommage. Son personnage de Earl Jones est d’ailleurs montré comme présent auprès de sa famille, mais aussi rejeté à cause de son égoïsme passé. Son personnage déclare même à un moment du film « Ça vaut ce que ça vaut, mais je suis désolé pour tout ce que j’ai fait », une réplique lourde de sens, d’autant que sa propre fille Alison Eastwood joue le rôle de sa fille dans La Mule.

La Mule est très clairement un film personnel pour Eastwood qui signe ici ses adieux au monde du cinéma. Si nous espérons revoir le grand Clint derrière la caméra, La Mule restera certainement son dernier film en tant qu’acteur. Et c’est en cela que je vous encourage à aller le voir. C’est un film divertissant, drôle, touchant et furieusement personnel pour l’une des plus grandes légendes du cinéma américain.

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Glass : film synthèse de l’œuvre de M. Night Shyamalan

M. Night Shyamalan est un réalisateur compliqué. À la fois adulé et détesté, tous les cinéphiles entretiennent des rapports tendus avec son cinéma. Celui que certains appelés le nouveau Steven…

M. Night Shyamalan est un réalisateur compliqué. À la fois adulé et détesté, tous les cinéphiles entretiennent des rapports tendus avec son cinéma. Celui que certains appelés le nouveau Steven Spielberg au début des années 2000 a en effet connu une sérieuse traversée du désert entre la fin des années 2000 et le début des années 2010 et c’est grâce à Split qu’il a fait son retour sous les projecteurs. Ce thriller psychologique mettait en scène James McAvoy en psychopathe aux multiples personnalités et sa fin suggérait un lien avec Incassable, autre film du réalisateur mettant en scène Bruce Willis dans le rôle d’un homme d’acier. Glass sort cette en ce début d’année et signe la clôture de cette saga cinématographique inattendue, aussi surprenante que son réalisateur.

Glass : de quoi ça parle ? 

Glass fait directement suite aux évènements de Split. Nous retrouvons Kevin Crumb (James McAvoy) échappé de son antre du zoo de Philadelphie et traqué par David Dunn (Bruce Willis), transformé depuis les évènements d’Incassable en justicier masqué. Assisté de son fils, David tente d’arrêter Kevin qui a une nouvelle fois kidnappé de jeunes lycéennes. Suite à un affrontement titanesque dont personne ne sort vainqueur, les deux personnages se retrouvent internés dans un établissement spécialisé où il retrouve Mr. Glass (Samuel L. Jackson), grand antagoniste d’Incassable. Cette réunion est-elle fortuite ou Mr. Glass cache-t-il des plans machiavéliques ? 

Une suite complexe et exigeante à Incassable et Split !

Si Glass se présente dès le début comme une suite de Split dans sa réalisation comme dans sa narration, sa parenté avec Incassable n’en reste pas moins présente. Le fait est que près de 20 années séparent les productions d’Incassable et de Glass et que la narration et la réalisation de Shyamalan ont beaucoup évolué entre temps.

Là où Split se voulait assez grand public, dans la pure tradition des films d’horreur-thriller produits par Blumhouse, Incassable était lui un drame à la réalisation très épurée voire naturaliste. Nous suivions le quotidien d’un Philadelphien dans la découverte de sa nature super-héroïque, un univers très éloigné de celui de Split où nous suivions le calvaire de jeunes filles confrontées à un monstrueux psychopathe.

Shyamalan arrive toutefois à mixer le meilleur de ces deux univers dans un seul et même film, livrant ainsi une conclusion complexe et exigeante à sa trilogie super-héroïque. 

Une déconstruction de la symbolique des comics dans notre société !

En faisant d’Incassable un film de super-héros réaliste, Shyamalan déconstruisait le mythe du super-héros américain en l’adaptant en drame à échelle humaine. Finis les conflits intergalactiques, faites place au justicier prolétaire qui apprend à dompter ses pouvoirs ! La thèse d’Incassable était alors que les comics et les mythes super-héroïques qu’ils véhiculent ne sont que des déformations d’une réalité : les supers existent parmi nous !

Le réalisateur poursuit son discours sur le médium des comics dans Glass avec le personnage du Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson). Elle soutient l’idée que les super-héros sont un mythe et que les facultés de nos personnages ne sont que les résultantes de comportements psychotiques véhiculés par les comics. Un discours à charge qui n’est pas sans rappeler la croisade de notre Ségolène Royal nationale à l’encontre des mangas dans les années 1990. Shyamalan signerait-il là un plaidoyer contre les films de super-héros ? Rien n’est moins sûr quand on écoute le discours inverse de Mr. Glass et son adulation pour le médium. Toujours est-il que Glass sonne comme une parfaite psychanalyse de notre société à l’heure où les comic-book et leurs adaptations figurent parmi les produits culturels les plus diffusés au monde.

Où placer Glass dans la filmographie de M. Night Shyamalan ? 

Vient maintenant la grande question : Glass est-il plus proche d’Incassable et Split ou de La Jeune Fille de l’Eau et After Earth ? Car soyons honnêtes, Shyamalan n’a jamais brillé par sa constance au cinéma. S’il a impressionné à ses débuts avec trois chefs-d’œuvre consécutifs, il s’est assez vite pris les pieds dans le tapis jusqu’à tomber dans l’autoparodie. 

Pour ma part, je pense que Glass est à l’image de son réalisateur : inattendu. Shyamalan est connu pour son amour du twist et ses films ne ressemblent jamais à ce que l’on attend d’eux. Vous attendiez un film de super-héros en voyant Incassable ? Vous vous retrouvez face à un thriller psychologique. Vous cherchiez le grand frisson de l’invasion extra-terrestre dans Signes ? Vous avez le droit à un drame familial dans une ferme de Pennsylvanie. Shyamalan n’est jamais là où on l’attend, et Glass répond parfaitement à cette règle. Dans son dernier tiers, le film enchaîne twist sur twist et le spectateur peut se sentir frustré de ne pas savoir où le film veut en venir. Je pense pour ma part que c’est là toute la force du film : être surprenant.

Le fait est qu’en tant que spectateurs, nous ne sommes plus habitués à être surpris au cinéma. Les films accumulent aujourd’hui des dizaines de bandes annonces, de teasers et autres trailers. Les spectateurs savent quasiment toute l’intrigue d’un film en entrant dans la salle et rares sont ceux à faire l’effort d’éviter toute promotion avant de voir les films. Glass est donc un véritable ovni dans le paysage cinématographique actuel et je pense que c’est la sa plus grande force.

En clair, je vous recommande sincèrement le visionnage de Glass, dernier né de l’esprit tordu de M. Night Shyamalan, c’est une expérience vraiment enrichissante qui, à défaut de vous plaire par son fond et sa forme, vous apprendra au moins à apprécier d’être bousculé dans votre statut de spectateurs de film au cinéma.

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