Ciné Pop

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Mois : octobre 2018

Le Grand Bain : comédie dépressive ou déprimante comédie ?

Jamais je n’avais visionné autant de films français qu’en 2018 et mes préjugés sur la production hexagonale se sont naturellement envolés. En effet, sur les nombreux films français que j’aurais…

Jamais je n’avais visionné autant de films français qu’en 2018 et mes préjugés sur la production hexagonale se sont naturellement envolés. En effet, sur les nombreux films français que j’aurais vus cette année, peu d’entre eux étaient des comédies populaires. J’ai ainsi pu voir un film catastrophe avec Dans la brume, un western avec Les Frères Sisters, un drame initiatique avec Première Année et même un faux documentaire avec Guy d’Alex Lutz. Décidément 2018 fut une année surprenante pour le cinéma français et le public semble enfin se désintéresser des comédies populaires à tendance graveleuse telles que Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? ou Bienvenue chez les Ch’tis. Même Dany Boon et sa Ch’tite famille ont eu du mal à convaincre en février dernier c’est dire ! Non à la place de tout cela, je voulais vous présenter ma critique du Grand Bain, le dernier film de Gilles Lellouche, une comédie dépressive à la Full Monty qui si elle convainc par son récit et ses personnages, arrive également à bousculer les codes de la comédie populaire. Je vous en parle !

Le Grand Bain, de quoi ça parle ?

Pour sa dernière réalisation, Gilles Lellouche nous a concocté une petite merveille de drôlerie et de poésie. Exit les beaufs insupportables de son dernier métrage Les Infidèles ! Le Grand Bain met en scène huit quadras quinquas dépressifs, trainant chacun le fardeau de la vie, et qui décident ensemble de plonger à corps perdu dans la natation synchronisée. Aidée par deux coachs, l’une alcoolique et l’autre paraplégique, cette équipe improbable tente de réaliser l’impossible : remporter les championnats du monde de natation synchronisée masculine qui se déroule en Norvège.

Avec un pitch pareil, Gilles Lellouche tient certainement la comédie la plus originale de ces 5 dernières années. À vrai dire, depuis Intouchables, nous n’avions vu que très peu de comédies-concepts dans ce style. Le scénario est à la fois réaliste et improbable, les personnages sont absurdes, mais criants de vérité et le déroulé de l’intrigue n’est pas sans rappeler les plus grands films sportifs tels que Rocky avec ses training montages à la pelle !

Le Grand Bain : un film porté par son casting et ses personnages !

Très vite avant la sortie du film, après en avoir lu quelques résumés, je me suis posé cette question : comment vendre un tel film au public ? Comment faire croire à ses personnages improbables et à leur décision de rejoindre une équipe de natation synchronisée masculine ? La réponse était simple : le casting.

Gilles Lellouche et sa bande, Jean Dujardin et Guillaume Canet, ont cette particularité dans le cinéma français : ils savent réunir de bons castings. C’est bien simple, dans les Infidèles, tous les acteurs en vogue à l’époque étaient présents à l’écran : Géraldine Nakache, Manu Payet, Sandrine Kiberlain et même Isabelle Nanty qui faisait son come-back avec Les Tuches !

Le Grand Bain ne déroge pas à cette règle puisque dans les rôles principaux nous retrouvons Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, Leïla Bekhti et Marina Foïs. Mais également Jean-Hugues Anglade et Philippe Katerine dans deux rôles de grands enfants tous les deux très touchants. 

Chacun des membres du casting porte un rôle à la mesure de leur talent. Mathieu Amalric sert de pilier à l’intrigue puisque c’est par lui que nous, spectateurs, entrons dans cette histoire de quinquagénaire dépressifs épris de natation synchronisée. Benoit Poelvoorde nous réserve quant à lui quelques scènes typiques du cinéma de De Funès : irrésistibles de drôlerie, de mauvaise foi et de poésie. Côté féminin, Virginie Efira est très touchante en coach abimée par la vie et Leila Bekhti hilarante en tortionnaire injurieuse. Mais ce sont surtout les personnages de Marina Foïs et Philippe Katerine qui m’ont marqué par leur réalisme et leur poésie. Marina Foïs tient ainsi le rôle de la femme de Mathieu Amalric. Un personnage aimant et compréhensif là où n’importe quel autre film en aurait fait une peau de vache. Et Philippe Katerine campe un personnage d’homme-enfant, toujours prêt à rendre service, la bonne poire de la bande dont certains abusent, mais qui peut compter sur ces amis pour le défendre.

Le Grand Bain : un film bienveillant !

J’ai longtemps cherché un adjectif pour définir ce film, et il aura fallu que je retombe sur une interview télévisée de Marina Foïs pour le trouver. Le Grand Bain est un film bienveillant. Dans tous les sens du terme. 

Dans cette interview donnée à Yann Barthès dans son émission Quotidien, Marina Foïs déclare avant la sortie du film que Le Grand Bain est un film rare puisque plutôt que de rires des personnages, le film donne ici aux spectateurs l’occasion de rire avec les personnages. C’est une nuance de taille et qui dépeint à merveille l’esprit de camaraderie et de bienveillance qui a dû être au cœur du processus créatif. Chacun des personnages dépeints à le droit à sa scène et cette équipe que l’on a sous les yeux prend parfois des airs de château de cartes. On prend peur pour chacun des membres tout en sachant que la chute d’un seul d’entre eux entrainerait la chute de toute l’équipe. Le Grand Bain est définitivement un film impliquant émotionnellement et Dieu que ce sont de bonnes émotions !

Un film qui oscille entre comédie dramatique et drame social !

L’autre particularité qui explique la réception positive du film, c’est qu’il s’avère être assez unique dans son approche de la comédie. En effet, Le Grand Bain peut tout aussi bien se voir comme une comédie que comme un drame social, une peinture assez déprimante de personnages perdus dans une société qui ne veut plus d’eux. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un monologue de Mathieu Amalric dissertant sur le fait que des ronds ne peuvent pas rentrer dans des carrés et inversement, une métaphore bienvenue qui rappelle les personnages du film, trop marginaux pour rentrer dans les cadres de la société.

C’est d’ailleurs ce rythme oscillant entre drame et comédie qui risque de troubler certains spectateurs. Ainsi, dans la salle où j’ai pu voir le film, certaines personnes riaient aux éclats sur des scènes assez tristes avec du recul. Philippe Katerine à qui l’on explique qu’il va être remplacé par des ordinateurs, Mathieu Amalric qui se confie sur sa dépression, autant de scènes assez dramatiques, mais que certains spectateurs, surement habitués à des films plus gaudriole, ont du mal à accueillir avec toute la nuance qu’elles impliquent.

Pour conclure cette critique du Grand bain, je ne peux que vous recommander le visionnage du film. C’est un film rare avec des personnages très attachants et un pitch assez absurde pour satisfaire de très nombreux public. En revanche, je déconseille ce film aux gens qui nourriraient de grosses attentes ou qui s’attendraient à voir une pure comédie dans le sens populaire du terme. Le Grand Bain n’est pas une comédie c’est bien plus que ça. Certains qualifieraient le film de comédie déprimante, moi je le qualifierai de comédie dépressive !

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Green Book : comédie dramatique de Peter Farrelly sur la ségrégation des années 1960 !

Jusqu’alors cantonné aux comédies potaches, Peter Farrelly débarque en 2019 avec une comédie dramatique mettant en scène Viggo Mortensen et Mahershala Ali dans les rôles respectifs de Tony Lip et…

Jusqu’alors cantonné aux comédies potaches, Peter Farrelly débarque en 2019 avec une comédie dramatique mettant en scène Viggo Mortensen et Mahershala Ali dans les rôles respectifs de Tony Lip et Don Shirley. Ce road-movie au cœur de l’Amérique ségrégationniste dresse un portrait tout en finesse d’une Amérique des années 1960 où le racisme institutionnel est ancré dans l’esprit des gens. Un pamphlet oscillant entre drame et comédie, unique dans le paysage cinématographique actuel. 

Green Book : une histoire incroyable, mais vraie !

Pour son premier film réalisé en solo, Peter Farrelly travaille avec Nick Vellelonga, fils de Tony Vallelonga, Italo-Américain connu de son vivant comme gérant de l’hôtel Copacabana à New York.

Son fils scénarise l’histoire vraie de son père au début des années 1960, obligé d’enchainer les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’il est sollicité par la mafia pour réaliser des petits larcins, Tony Lip part sur les routes du Sud des États-Unis en tant que chauffeur du Dr Don Shirley, pianiste de jazz émérite.

Durant ce road trip, ces deux individus qu’en apparence tout oppose vont apprendre à se connaître et à faire face au racisme institutionnel de rigueur dans les États de Sud à cette époque. 

Un pamphlet antiraciste oscillant entre drame et comédie !

L’une des principales forces de Green book, c’est d’avoir su capter toute la perversité du racisme aux États-Unis. Farrelly exprime à travers sa mise en scène l’absurdité des doctrines racistes dans un pays constitué à 80% d’individus issus de l’immigration.

Si en début de film, Tony Lip et Don Shirley expriment chacun une vision étriquée de l’un comme de l’autre, à force de dialogue et de bienveillance, la barrière raciale se brise pour laisser place à une amitié.

Cela peut paraître niais au possible, mais Farrelly confronte ses personnages à des situations violentes tout au fil du récit. De la simple attaque verbale, au passage à tabac, en passant par la violence des institutions, tout est montré pour exprimer l’omniprésence du racisme dans la société américaine.

Contrairement au BlackKklansman de Spike Lee, qui faisait du racisme l’apanage des membres du Ku Klux Klan, Green Book explique que le racisme est ancré chez tout le monde. Qu’il s’agisse d’un gérant d’hôtel qui refuse de loger un Noir ou de bourgeois blancs qui refusent de diner dans la même salle qu’un Noir, tous expriment un racisme de principe, basé sur une éducation viciée et ancrée dans la société.

Viggo Mortensen livre sa plus belle performance !

Le film trouve toute sa drôlerie à travers le personnage de Tony Lip et la performance habitée de Viggo Mortensen campant à merveille ce personnage d’Italo-Américain un peu simplet.

Que ce soit par ses dialogues ou ses mimiques, Mortensen livre un jeu d’une intelligence rare, oscillant entre scènes de One man show déluré (mention spéciale à la scène de dégustation de poulet frit en voiture) et scènes plus graves où le personnage essaye de composer avec le racisme dont son ami et patron est victime.

Le personnage de Viggo Mortensen exprime par ailleurs toute l’ambiguïté du racisme aux États-Unis, puisqu’il nous est tout d’abord présenté comme raciste en début de film, avant de prendre la défense de Mahershala Ali lorsque celui-ci est rejeté pour sa différence.

Un film calibré pour les Oscars !

Green Book est un film calibré pour les Oscars et c’est peut-être là son seul défaut. Que ce soit par son scénario efficace, ses dialogues tirés au cordeau, l’interprétation magistrale de ses acteurs et son message antiraciste, tout laisse à penser que le film a été produit pour rafler les Oscars en 2019.

Malgré tout, nous aurions tort de bouder notre plaisir tant le film dépeint avec maestria le climat social d’une Amérique qui, aujourd’hui encore, panse les plaies d’un racisme institutionnel. Le film n’a peut-être pas l’aura d’un Twelve Years a Slave, mais il a au moins le mérite de nous faire rire avec ses personnages drôles et mélancoliques.

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A Star is Born : naissance d’une étoile et extinction d’une autre

Troisième remake d’un classique hollywoodien des années 1930, A Star is Born avait tout pour ne pas me plaire : C’est l’énième remake d’un film culte de l’âge d’or d’Hollywood ; C’est…

Troisième remake d’un classique hollywoodien des années 1930, A Star is Born avait tout pour ne pas me plaire :

  • C’est l’énième remake d’un film culte de l’âge d’or d’Hollywood ;
  • C’est un film sur l’industrie musicale actuelle et tout ce qu’elle a de détestable ;
  • C’est Bradley Cooper qui est à la réalisation, soit un acteur sans bagage technique en mise en scène ;
  • Et enfin, le rôle principal est tenu par Lady Gaga, une chanteuse que je n’affectionne pas particulièrement.

Seulement voilà, comme beaucoup de spectateurs et journalistes spécialisés, je me suis fait avoir. Oui… Et en beauté même ! A Star is Born est certainement la plus grosse surprise de cette rentrée ciné 2018 et c’est ce que je vais expliquer au travers de cette critique de A Star is Born. Vous êtes prêts ? Je vous dis tout !

A Star is Born : ça parle de quoi ?

A Star is Born raconte l’histoire de Ally, une chanteuse amateure qui croise la route de Jackson Maine, une star de rock sur le déclin. Alors qu’elle enchaîne les petits boulots et ne s’épanouit pas dans sa vie, Ally va trouver en Jackson un mentor qui va l’aider à réaliser son rêve : devenir chanteuse professionnelle. Au fil du récit, l’amour platonique devient plus sérieux et on suit donc une véritable histoire d’amour entre une star montante et une star sur le déclin.

La grande force de A Star is Born réside dans ses personnages. Ally, interprétée par Lady Gaga, est très touchante de sincérité. Son entourage, bien éloigné du milieu artistique ou musical et son tempérament fougueux en font un personnage principal fort, un parfait point d’accroche pour les spectateurs. Sa relation avec Jackson Maine est d’une justesse et d’une sincérité jamais vue, c’est à se demander si Bradley Cooper et Lady Gaga ne sont pas ensemble dans la vraie vie… Bradley Cooper, qui incarne le personnage de Jackson Maine, est de son côté très touchant également. À la fois odieux dans ses moments de chutes, ses bitures quotidiennes où le chanteur se transforme en zombie, mais aussi touchant lorsque son regard amoureux se pose sur Ally, Jackson est l’élément le plus instable du film, il marche sur une corniche et semble pouvoir tomber à chaque instant, emportant les rêves d’Ally avec lui.

Une critique du show-biz américain !

Avec des personnages aussi unilatéraux et un pitch de départ aussi classique, le film peut paraître un peu pauvre aux premiers abords. Mais sans compter sur le discours qu’il porte sur le monde du show-biz américain, un milieu qui détruit des vies d’artiste à la pelle. Ce discours est d’autant plus fort qu’on assiste, en tant que spectateur, à la naissance d’une étoile, Ally, mais aussi à la chute d’une autre, Jackson, une star qui a déjà fait les frais de ce rouleau compresseur, jusqu’à faire de lui une loque alcoolique, incapable de tenir un concert sans alcool, cocaïne ou médicaments.

Nos personnages prennent alors l’allure d’enfants pétris de rêves et d’ambitions artistiques, mais qui se retrouvent malgré eux à devenir des marques, des hommes et des femmes sandwichs chantant des tubes pré formatés pour un public type, avec chorégraphies tendancieuses et promotions sur les plateaux télé à l’appui.

Le film peut donc se lire comme une réflexion intéressante quant au personnage de Lady Gaga et sa relation avec son alter ego Stefani Joanne Germanotta. Ce film et cette réflexion prennent un écho tout particulier alors que la chanteuse vient de sortir un album intitulé Joanne, album dans lequel la chanteuse semble exprimer son souhait de s’éloigner du personnage de Lady Gaga.

Des acteurs et une réalisation au diapason !

A Star is Born est donc un film ayant un fond, c’est indéniable, mais qu’en est-il de la forme ? Et bien là encore, le film surprend en bien.

Pour ce qui est de l’interprétation, les acteurs sont tous vraiment convaincants : Lady Gaga se révèle en tant qu’actrice de premier plan. Si la chanteuse avait déjà tenu des rôles dans des séries telles qu’American Horror Story, c’est la première fois qu’elle tient un premier rôle de cette envergure… Et elle est convaincante de bout en bout ! Pour une personne comme moi, qui ne connaissait pas tant que ça la chanteuse et son personnage, j’ai trouvé son jeu très juste et d’une redoutable sincérité. Comme j’ai pu le dire précédemment, sa relation avec Bradley Cooper respire la sincérité et on a envie de croire à sa réussite.

Bradley Cooper campe quant à lui à merveille son personnage de Jackson Maine. On est bien loin de ses personnages de bon copain ou de fêtard / déconneur invétéré, il s’offre ici un rôle dramatique à souhait, tragique même puisque son destin semble scellé dans le marbre à la minute où il rencontre Ally.

La réalisation est plutôt convaincante, et si Bradley Cooper réalisateur ne s’embarrasse pas de plans trop complexes, il se permet quelques exercices stylistiques, notamment en adoptant des objectifs fish eye lors des scènes de concerts avec Jackson Maine – illustrant son état d’ébriété ou de défonce – mais aussi en alternant caméra cinéma et caméra de télévision lors des scènes de promo qu’Ally doit donner dans les médias.

En clair, je vous recommande chaudement le visionnage de A Star is Born, ce premier film de Bradley Cooper. Un film à la fois anachronique et mièvre dans le paysage cinématographique si formaté de 2018, mais qui fait un bien fou à travers son message et la révélation de talents d’acteurs et de réalisateur insoupçonnés chez Lady Gaga comme chez Bradley Cooper. Mon pronostic est d’ailleurs déjà posé : je suis intimement persuadé que le film remportera l’Oscar de la meilleure chanson originale pour le titre I’ll Never Love Again et que Lady Gaga sera au minimum nommé dans la catégorie Meilleure Actrice lors de la cérémonie des Oscars 2019. Et n’oubliez pas que si c’est le cas, vous l’aurez appris en premier sur Ciné Pop ! À très vite pour de nouvelles critiques de films !

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