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Mois : septembre 2018

Les Frères Sisters : Jacques Audiard part à l’assaut du western

Les Frères Sisters fait partie de ces films qui vous attrapent en quelques minutes et ne vous lâchent plus pendant deux heures ! Dès la première scène, Les Frères Sisters pose une…

Les Frères Sisters fait partie de ces films qui vous attrapent en quelques minutes et ne vous lâchent plus pendant deux heures ! Dès la première scène, Les Frères Sisters pose une tension dingue, définis ses personnages et le spectateur n’attend plus qu’une chose : voir ses personnages évoluer dans cet univers fascinant de crasse et de violence. Jacques Audiard nous offre donc un film magique, un film majeur dans sa filmographie, un film qui m’a permis de me rendre compte d’une chose : j’aime profondément le genre du western ! Je vous en parle dans cette critique des Frères Sisters !

Les Frères Sisters : de quoi ça parle ?

Comment faire une critique des Frères Sisters sans parler de son histoire et de ses personnages fascinants ? Les Frères Sisters raconte l’odyssée de deux frangins, Charlie et Eli Sisters, tueurs à gage de métier, chargés par un mystérieux Commodore de traquer et torturer un chimiste créateur d’une formule chimique capable de révolutionner la Ruée vers l’Or ! Charlie, le petit frère est un vrai danger public, sanguinaire et alcoolique, chaque instant passé avec lui peut virer au massacre. Eli, son grand frère est bien plus doux, s’il fait preuve d’autant de violence, c’est presque plus par amour pour son frère que par réelle envie de faire le mal. Ils traquent ensemble un chimiste, Kermit Warm à la fois inventeur de génie, mais également grand idéaliste, profondément convaincu de l’intérêt de la liberté et de la démocratie, une valeur bafouée dans l’Ouest américain à cette époque. Enfin, derniers personnages du film, nous suivons les tribulations de John Morris, un mystérieux détective / aventurier chargé de renseigner les Frères Sisters sur les agissements du chimiste afin de guider les chasseurs vers leur proie…

Si le film prend, de par son synopsis, des allures de chasse à l’homme dans le Grand Ouest américain, Jacques Audiard semble accorder une plus grande importance à l’aspect drame familial qui se déroule sous nos yeux. Le spectateur peut ainsi s’identifier à Eli Sisters, Kermit Warm et John Morris, trois personnages lumineux qui évoluent dans un monde sombre, crasseux et violent, à l’image de Charlie Sisters, personnage exécrable à la mentalité d’un gamin de 12 ans !

Les Frères Sisters : un film sur l’amour fraternel !

En tant que cinéphile, on ne peut qu’être admiratif de la force émotionnelle dégagée par les Frères Sisters. Quiconque ayant un minimum de cœur ne peut qu’être touché par cette histoire d’amour fraternel entre Charlie et Eli, deux frères perdus physiquement et émotionnellement dans des paysages désertiques aussi mornes et hostiles que leur environnement social.

Durant le film, on attache presque plus d’importance au parcours des personnages qu’à leur quête elle-même. Cette chasse à l’homme est un fil rouge, mais ce qui compte vraiment, ce sont les rapports de force qu’entretiennent Charlie et Eli. De même, on s’intéresse grandement aux pensées et aux visions de Morris et Warm, le détective et le chimiste. Si Morris se voit comme un aventurier romantique en début de film, il va découvrir la violence du monde qui l’entoure au contact des Frères Sisters, véritables agents du chaos ; une découverte qui le changera à jamais…

Un pur western dans le fond comme dans la forme !

L’une des autres forces des Frères Sisters, c’est d’être un pur western, dans la tradition des Sergio Leone. Loin des western méta auxquels nous avons pu assister ces dernières années, Les Frères Sisters se voit avant tout comme un film d’aventure, une odyssée dans le Grand Ouest américain.

Pour ce qui est de la forme, Audiard a eu la bonne idée de tourner son film dans les grands espaces du sud de l’Espagne. Une région désertique qui avait déjà inspiré Sergio Leone à l’époque de sa trilogie du Dollar et d’Il était une fois dans l’Ouest. Les décors d’intérieur ont, eux, été tournés en studio, en Roumanie pour être exact. Cela n’enlève rien à l’ambiance âpre et crasseuse du film, et l’on retrouve avec joie les décors typiques du genre western à base de ranch et de saloon.

Pour rester dans le pur style du western, Audiard fait des Frères Sisters de véritables figures du genre western. On retrouve autour d’eux des chasseurs de primes, des cow-boys violents, des tenanciers de saloon, des mères maquerelles et des filles de joie.

Comme à son habitude, Jacques Audiard ne nous épargne pas avec des scènes d’une rare violence. Si j’étais surpris de voir le film « tous public » à mon arrivée au cinéma, j’ai été encore plus surpris de la violence dépeinte dans le film. J’avais été déjà marqué par la scène d’égorgement dans Un Prophète, précédent film du réalisateur, mais ici les scènes de massacre des Frères Sisters font preuve d’une violence graphique assez dure, et je n’ai pas pu m’empêcher de cacher mes yeux lors d’une scène d’amputation très, très dure…

En conclusion, je ne peux que vous recommander Les Frères Sisters. C’est un film absolument immanquable en cette rentrée 2018. Jacques Audiard fait le portrait touchant de deux frères que tout oppose, mais qui s’unissent dans la violence, pour le meilleur, comme pour le pire. C’est un film magnifique dans lequel on retrouve un quatuor d’acteurs somptueux. Joaquin Phoenix est comme d’habitude habité par son personnage de Charlie Sisters ; Jake Gyllenhaal retrouve le chapeau de cow-boy 13 ans après Le Secret de Brokeback Moutain, et Dieu qu’il le porte bien ; Riz Ahmed est très touchant en chimiste idéaliste, perdu dans ce monde sauvage ; mais c’est surtout John C. Reilly qui se démarque dans ce film en Eli Sisters, c’est par lui que le spectateur entre dans l’Histoire, et c’est notre point d’accroche dans cette déferlante de violence que sont Les Frères Sisters ! Un immanquable de l’année 2018 !

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Guy : docu-fiction sur la face cachée du show-business

Intrigué par le nouveau projet cinématographique d’Alex Lutz, j’ai couru au cinéma en ce mois de septembre pour découvrir ce nouvel ovni cinématographique : Guy. Sous-titré Jamet du nom de son…

Intrigué par le nouveau projet cinématographique d’Alex Lutz, j’ai couru au cinéma en ce mois de septembre pour découvrir ce nouvel ovni cinématographique : Guy. Sous-titré Jamet du nom de son personnage Guy Jamet, le film laissé dès sa promo un nombre incalculable de questions derrière lui. Qui est Guy ? Qu’est-il censé représenter ? Comment est-il né dans l’esprit de l’auteur du duo culte Catherine et Liliane ? C’est en quête de réponses que j’ai couru en salle à la sortie du film et c’est avec celles-ci que je me présente à vous aujourd’hui avec cette critique de Guy, le dernier film d’Alex Lutz. Vous êtes prêts ? Je vous dis tout !

Que raconte Guy, docu-fiction sur Guy Jamet ?

Le premier point auquel je me devais de répondre au fil de cette critique de Guy est le suivant : que raconte le film ? Le film démarre par un monologue, celui d’un narrateur qui s’appelle Gauthier. Gauthier est un jeune journaliste, il vient de perdre sa mère et apprend dans la foulée que son père n’est nul autre que Guy Jamet, chanteur de variété un brin ringard, et qui tente un come-back le temps d’une tournée d’adieu. Gauthier explique alors qu’il va suivre le chanteur durant cette tournée histoire de comprendre qui est vraiment son père, qui est l’homme derrière l’artiste.

Le film se construit donc comme un faux documentaire, dans son histoire, comme dans sa forme. En effet, le film est réellement tourné à la manière d’un reportage / documentaire sur la personne de Guy Jamet. La caméra est tenue par le personnage de Gauthier, qui reste tout le film hors champ à filmer et interagir avec le chanteur. Ce procédé crée une réelle authenticité dans ce qui est montré à l’écran. Et si les premières secondes peuvent déranger par le ton et le format atypique du docu-fiction, force est de constater que nous sommes, en tant que spectateurs, très vite absorbés par le film, notre suspension d’incrédulité fonctionnant à merveille et cela grâce au jeu pointu et authentique d’Alex Lutz.

Alex Lutz campe en effet à merveille ce personnage de Guy Jamet, melting pot improbable de tout ce qui fait le charme et la ringardise d’un chanteur de variété. Il dépeint au travers de Guy tout le milieu du show-business, mais aussi la place de l’homme derrière l’artiste, piégé dans cette immense mascarade.

Guy : un film-essai sur le monde du show-business !

Second point à éclaircir : qui est Guy Jamet ? Et bien le personnage d’Alex Lutz est en fait un savant mélange de plusieurs artistes de la variété française. On retrouve bien sûr du Claude François dans le look yéyé de l’acteur, mais également du Johnny Hallyday dans l’aspect chanteur fatigué avec cette moue impayable, et enfin un brin de Michel Sardou avec ce côté un peu vieux con sympathique… mais vieux con quand même !

Durant le film, on suit le personnage de Guy dans son quotidien de chanteur en tournée. On le voit répéter avec ses musiciens, disserter sur ses chansons dans le car, plaisanter avec ses équipes sur les bleds improbables qu’ils visitent. Bref, il se dégage une profonde sincérité d’Alex Lutz dans ce portrait de la vie d’un artiste, à la fois passionné par cette vie de bohème, mais également attaché à son petit confort, sa maison et ses chevaux.

Le film se paye même le luxe de caméo de qualité, avec notamment Julien Clerc, Alexandra Sublet, Nicole Ferroni, mais surtout l’immanquable Michel Drucker, renforçant, par là même, le sentiment d’authenticité dégagé par le film. 

Guy Jamet : le portrait d’un homme derrière l’artiste 

Mais au-delà de cette peinture sur le show-business et la vie d’artiste, Guy c’est surtout le portrait touchant d’un septuagénaire en perte de repère dans sa vie. En effet, pendant le film, Guy Jamet ne cesse de radoter à quel point il a conscience d’être passé à côté de sa vie. Il tient ainsi de longs discours sur son rapport à l’amour, aux femmes, à la famille, mais aussi, et c’est là le plus touchant, à l’image qu’il renvoie au public. Car si le film est drôle, c’est dans les moments où il montre le contraste entre le personnage de Guy, chanteur de variété mielleux et sympathique, et la personne de Guy Jamet, vieillard aigri, cynique et parfois méchant. Il fait preuve d’un humour souvent grinçant, corrosif et Alex Lutz l’incarne tellement à merveille que certaines répliques sonnent instantanément cultes !

L’histoire d’un jeune homme qui apprend à connaître son père

Mais si Guy tient arrive à tenir sur la longueur, ce n’est pas uniquement grâce à l’interprétation et à l’authenticité d’Alex Lutz, c’est aussi grâce à ce fil rouge, cette intrigue qui nous tient en haleine : celle de Gauthier apprenant à connaître son père.

Au fil du film Guy Jamet se confie à Gauthier sur son impression d’avoir été un mauvais père. En effet, s’il ne sait pas que Gauthier est son fils, Guy a eu un fils légitime avec Anne-Marie, une autre chanteuse de variété campée par Dani. Ayant grandi dans l’ombre de ses parents, ce fils dont on ne connaît pas le nom entretient une relation compliquée avec son père, qui le lui rend bien en retour. Gauthier, et le spectateur avec, fait naturellement le rapprochement avec son passé et l’absence de son père.

On apprend donc à connaître Guy Jamet tout comme Gauthier apprend à connaître son père et la réalisation en docu-fiction prend alors tout son sens !

Au final, Guy le dernier film d’Alex Lutz est un véritable ovni cinématographique que je vous encourage grandement à découvrir. Rares sont les films de cette trempe à arriver sur grand écran. On sent que ce projet tenait à cœur à Alex Lutz qui campe son personnage avec une maestria jamais vue chez le comédien jusqu’alors. C’est un film qui parle du show-business, c’est un film qui parle des hommes, de la paternité et de la vieillesse. C’est un film drôle, c’est un film touchant, un film vrai. Et pour un film qui se veut comme un docu-fiction, je trouve qu’il fait bien plus authentique que beaucoup de reportage et documentaire qui se vendent comme tel. Je vous encourage donc grandement à le découvrir en salle. Foncez !

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